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 Planter un arbre [terminé]

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Egérie de Seintes

Identité
Titre :: duchesse
Âge: 23 ans
Race: Humain


Egérie de Seintes

Jaseur
Ven 16 Oct 2020, 22:20
Sujet : Re: Planter un arbre [terminé]   
Planter
un arbre
Avec Uiseann
Indépendance et efficacité, à prendre ou à laisser

Elle prenait sur elle pour ne pas s’énerver devant cet horripilant sourire. Ce prince était vraiment insupportable, à toujours tout prendre de haut. Tout Wheatertop qu’il était, d’où imaginait-il qu’il pouvait imposer ses quatre volontés de la sorte ? Elle était chez elle après tout ! et lorsqu’il éclata tout simplement de rire, elle eut une furieuse envie de le mettre à la porte, tant pis pour les cèdres, la scierie et tutti quanti … Elle croisa les bras, énervée de le voir hilare alors qu’elle était plus que sérieuse. S’il continuait ainsi, elle allait le faire. Il y aurait toujours quelqu’un pour appuyer son projet. « Oui, mais personne d’aussi influent pour représenter la Coterie à Varenne, à moins de convaincre le roi en personne… », dit une petite voix malicieuse, au fond d’elle.

Lorsqu’il s’excusa, elle le foudroya simplement du regard et allait lui jeter une remarque bien sentie, lorsqu’il lui coupa l’herbe sous le pied, en reprenant son propos où il l’avait laissé, et sans en changer une note. Elle soutint son regard, déterminée à lui tenir tête même si cela défiait toute raison, elle ouvrit même la bouche pour répliquer, mais encore une fois, il ne lui en laissa pas le temps, et poursuivit son laïus avec une assurance détestable.

Les paroles avaient du mal à atteindre la jeune femme tant elle était submergée par le mécontentement en cet instant. Et le mot était faible. Tout ce qu’elle entendait c’était que Gavriel était une bonne opportunité pour lui, qu’il pourrait façonner du garçon l’homme qu’il voudrait, et qui certainement partirait loin d’elle pour suivre tous ces instructeurs dont il était question. Est-ce qu’il se rendait compte qu’il parlait de son fils, à elle ? qu’il lui parlait d’un bébé qu’elle avait mis au monde à peine quelques semaines plus tôt ? que son père n’avait même pas encore vu ? est-ce qu’il se rendait compte qu’il lui demandait de renoncer à une forme d’exclusivité sur ce fils qu’elle chérissait depuis les prémices de son existence ? pour lequel elle avait fait des rêves qui s’effondraient ? Il fallait déjà qu’elle partage son mari avec des voyages toujours plus lointains, fallait-il donc qu’elle partage à présent son fils avec ce prince-maréchal au surnom barbare ? ce prince-maréchal qui n’avait même jamais posé les yeux sur son bébé ! A quel moment déjà, avait-elle eu l’idée de faire appel à lui ? Maudite soit cette idée.

Enfin il se tut.

Egérie avait les poings crispés, blanchis aux phalanges. Elle expira en les desserrant. Cela lui fit mal. Dans sa gorge était coincée une boule de rage qui ne voulait pas sortir, et au fond d’elle, quelque chose la retenait de dire inconsidérément des mots qu’elle pourrait regretter plus tard. Ce fut donc dans un murmure, presque un filet de voix, qu’elle répondit seulement :

« C’est un chantage odieux que vous me faites. »

Refusant le bras qu’il lui proposait obligeamment, elle le raccompagna jusqu’à l’entrée du salon par la terrasse.

« Vous avez vraiment tout gagné, n’est-ce pas, lui lança-t-elle d’une voix amère. Avec mon visage furieux, on pourra même croire que vous avez résisté à mes avances. Amusez-vous bien, prince Uiseann, je ne vous souhaite pas le bon soir. »

Elle le planta sur cette dernière pique qu’elle voulait blessante et traversa le salon comme une tornade. Tant pis pour les invités, pour l’heure, il fallait qu’elle se calme, qu’elle reprenne ses esprits et qu’elle oublie tout cela pour tenir le reste de la soirée, à faire des sourires et des plaisanteries. Inutile de dire qu’elle éviterait soigneusement tout contact avec son invité d’honneur.

Elle se réfugia à l’étage, dans sa chambre aux fenêtres ouvertes sur la campagne, et sa rage éclata en sanglots incontrôlables pendant plusieurs minutes. Un sentiment d’échec lui restait, alors que rien n’avait été décidé en définitive. Mais établir une coterie puissante était un objectif qu’elle voulait atteindre. Elle voulait que son mari soit fier d’elle, que son fils ait un avenir brillant. Il n’était pas question d’abandonner maintenant.

Encore secouée par les spasmes des sanglots, le visage défait, elle ouvrit doucement la porte de communication avec la chambrette d’à-côté. Gavriel y dormait dans son berceau, sa nourrice l’avait déplacé là. La duchesse perdue, resta de longues minutes auprès de son enfant, puisant dans cette présence apaisante, la force dont elle avait besoin. Elle chassa les émotions négatives qui épuisaient son sang-froid. C’était tout elle, ça, de faire des moindres contrariétés des montagnes insurmontables. Elle devait parler de tout cela à quelqu’un, et prendre une décision réfléchie, elle devait prendre la meilleure décision pour la Maison de Seintes.

« Madame, qu’est-ce que vous faites ici ? on se demande où vous êtes en bas ? oh… mais vous avez pleuré ? qu’est-ce qui s’est passé ? allez venez, on va vous laver le visage et vous allez redescendre ? Vous avez appris une mauvaise nouvelle ? monsieur le duc … ?

- Non, non, ne vous inquiétez pas. Je me suis énervée toute seule. Vous me connaissez, ça sort toujours comme ça ; des larmes, des larmes, des larmes. Et puis le duc va très bien, il arrive demain, à ce qu’il semblerait … »


Egérie réussit même à sourire, mais le cœur n’y était pas tout à fait. Il faudrait qu’elle détermine comment le prince pouvait être au courant du retour de son mari avant elle. Les deux femmes sortirent de la chambre de Gavriel, pour ne pas risquer de le réveiller, et après s’être rendue de nouveau présentable, la duchesse rejoignit ses hôtes qu’elle avait abandonnés trop longtemps. La soirée se poursuivit donc en jeux divers, en distribution de plats alléchants, et en musique aussi. Egérie dansa même comme si tout s’était passé comme prévu. Elle évitait soigneusement tout contact visuel avec le prince car elle se savait capable de perdre sa maîtrise d’elle-même si elle y lisait n’importe quoi ressemblant à de la satisfaction. En revanche, cela ne l’empêchait pas de l’observer du coin de l’œil, tandis qu’elle se repassait en boucle l’ensemble de leur conversation, du premier au dernier mot.

Elle réussit habilement à éviter son départ de la villa, manque de courtoisie impardonnable, mais nécessaire. Il devrait en prendre son parti. Et une fois que le prince s’en alla, les invités suivirent peu à peu, la laissant seule dans son domaine, alors que les étoiles pâlissaient déjà sur l’horizon. Le lendemain arrivait, où elle devrait faire part de sa décision, et de celle d’Uraz. Ses idées étaient plus claires, mais elle avait besoin de calme et de repos, deux choses qu’elle s’accorda pendant quelques heures.

Lorsqu’elle fut tirée du sommeil par une main amie, elle avait la réponse à son problème et quelques nouveaux points à éclaircir. Mais pour l’instant, elle devait comprendre pourquoi Mariète elle-même la dérangeait dans son repos. Elle devait avoir dormi à peine trois heures et le soleil scintillait à peine sur les flots brumeux.

« Que se passe-t-il ?

- Madame, il y a un homme en bas qui demande pressément à vous parler.

- Qui est-ce ?

- Il prétend venir de la part de votre mari.

- Uraz ? il doit sûrement m’annoncer son arrivée. Donnez-lui à manger, remerciez-le pour sa commission, j’irai le voir plus tard. Je sais déjà que mon mari arrivera aujourd’hui. »


Elle reposa la tête sur l’oreiller, l’esprit assez tranquille en définitive, sur la journée à aborder.

« Mais madame, il insiste, et il n’a pas l’air de… »

L’hésitation de sa domestique, plus que tout autre chose, réveilla Egérie.

« De quoi n’a-t-il pas l’air ? questionna-t-elle, cette fois assise sur le lit, prête à en sortir.

- De quelqu’un qui apporte de bonnes nouvelles. »


Une fleur d’angoisse au fond du ventre, Egérie se retrouva dans le hall du domaine en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Le messager poussiéreux attendait sur le perron, refusant d’entrer, tenant son cheval épuisé par la bride. Il parla dès qu’il sut qui était Egérie.

Uraz de Seintes, le beau duc voyageur, s’était brisé la nuque sur une pierre dans une chute de cheval. Un malheureux accident.

Egérie ne put même pas pleurer. Elle remercia le messager d’une voix morte, et tourna les talons. Elle erra dans la maison, hagarde, regardant les murs sans les voir, les frôlant avec les pans de sa robe de chambre. Elle sentait son cœur gonflé d’un immense chagrin, que la lame insidieuse d’un poignard tâtait douloureusement sans le percer. Elle était coincée dans un état indécis de douleur et d’anéantissement.

Uraz avait été vraiment présent un an, auprès d’elle, et elle ne l’avait pas vu depuis un peu plus de huit longs mois. Elle ne pouvait pas nier qu’elle éprouvait pour lui une affection démesurée, mais elle prit conscience que ce n’était pas tout à fait de l’amour. Elle l’aimait comme un ami intime, qui se trouvait être son mari et le père de son fils nouveau-né, et elle avait espéré qu’à son retour leur relation évoluerait encore. Cela ne se produirait jamais.

Elle se retrouva dans le jardin aux cyprès et se laissa glisser une roche polie, hébétée par la nouvelle réalité qui était la sienne à présent. Voilà. Elle était veuve. Elle avait un fils. Et elle n’arrivait pas à verser une seule larme. Tout éclaterait probablement au moment le plus inopportun.

« Madame ?

- Oui, répondit-elle distraitement.

- Je suis vraiment désolée pour vous, le duc va nous manquer à tous.

- Merci Mariète.

- Voulez-vous vous habiller ? »


La question très terre-à-terre était la bienvenue. Egérie se leva et suivit la domestique pour se vêtir. Elle pleura de longues larmes silencieuses juste après, et une fois qu’elle se calma. Elle envoya un messager annoncer sa venue au prince d’Envel. Peu de temps après, elle sella un cheval dans les écuries et s’en alla seule vers sa destination. Qui sait si au cours d'un galop endiablé, elle ne libéra pas ses larmes pour de bon ?

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Uiseann d'Envel

Identité
Titre :: Maréchal
Âge: 29
Race: Humain


Uiseann d'Envel

Maréchal
Dim 18 Oct 2020, 18:32
Sujet : Re: Planter un arbre [terminé]   
Planter
un arbre
Avec Egérie de Seinte
Savez vous planter des choux ?

La réaction de la Duchesse de Seinte n'avait finalement pas été celle qu'il espérait. Vraisemblablement, il avait trop peu misé sur son lien avec son enfant. Et il avait beau y réfléchir, il ne comprenait pas comment une telle proposition pouvait la mettre dans cet état. Après tout, il lui faisait gage de la meilleure éducation qui soit, et sans prendre le contrôle ni de l'enfant, ni de ses choix, ni même de ceux des deux parents. C'est donc le regard plus que perplexe que le Prince accepta en silence les remarques et la colère de son hôtesse du soir. De toute façon, une fois dans cette situation, dans cet état, il devenait difficile, si ce n'est impossible, de rassurer la personne sans être un proche.

Ainsi, il préféra tout bonnement de la saluer respectueusement, puis s'exila au coeur de cette cérémonie pour bivouaquer entre les divers invités qui pourraient potentiellement lui apporter quelques intérêts, ou avoir des informations non négligeables à entendre. C'est que lors de ces soirées, les langues se délient assez facilement, et même si la plupart des discussions tournent autour des mauvaises manières de représentants de familles ou de côteries, il y avait parfois quelques petits détails intéressants. Ainsi, il apprit de nombreux ragôts ce soir là, aucun sur son hôtesse et ce n'était guère étonnant, les gens n'allaient pas critiquer la main qui les nourrissait après tout, mais une fois éloignés, de retour chez eux, c'était une toute autre histoire.

Quelques histoires évoquant des marchands reconnus ayant des penchants pour les femmes de petite vertu, certains mariés, d'autres trop vieux pour fonder un nouveau foyer, on pouvait dire qu'ils aimaient beaucoup se mêler des histoires de coeur, ou des histoires d'une partie du corps se trouvant un peu plus bas, de leurs concurrents ou connaissances. Comme s'il s'agissait d'un jeu pour salir mais proprement l'image de l'autre en son absence. Evidemment, Sean ne restait pas bien longtemps lorsque ce genre de discussion venait à naître en sa présence, prétextant un verre vide, ou un besoin de parler à une autre personne, il avait toujours une bonne raison pour s'évincer.

Ainsi, la soirée se passa sans aléas particuliers, et même s'il aurait apprécié croiser à nouveau la maîtresse des lieux, ce ne fut pas le cas. Elle avait comme disparu de son champ de vision, et ce qu'importe où il pouvait bien se déplacer. Il passa donc quelques heures sur place, puis une fois qu'il eut fait le tour des têtes qu'il jugeait bon de côtoyer un minimum, il se dirigea vers le majordome de l'établissement pour lui toucher quelques mots.



« Pourrez vous annoncer mon départ à la Duchesse de Seinte ? Je reste encore une journée au sein de l'auberge de cette ville, si jamais elle souhaitait s'adresser à nouveau à moi avant mon départ. »



Il le salua poliment, puis fit un signe à l'un de ses gardes qui avait toujours un oeil sur lui au cas où, puis en peu de temps, l'ensemble de son escorte se rassembla sur le parvis du domaine. Il était donc temps de quitter ce lieu, la nuit était déjà bien en place, et la lune éclairait suffisamment le chemin lorsqu'ils s'éloignèrent des quelques braseros qui restaient allumés à l'entrée du domaine. Le Prince avait tout bonnement privatisé l'ensemble de l'auberge, et une partie de son escorte avait déjà pris possession des lieux pour s'assurer de la sécurisation des locaux et qu'il ne s'y trouvait pas encore des personnes devant y loger pour la nuit. Les consignes avaient été très claires à ce sujet, seuls le Prince et ses gardes pouvaient y séjourner cette nuit, et aucune visite non acceptée par Uiseann lui même ne pouvaient être autorisée.

Il passa donc la nuit au sein de cet établissement. Ce n'était pas le plus luxueux qui soit certes, mais il avait l'habitude des espaces restreints, voire même de l'absence de confort lorsqu'il passait de nombreux jours en mer. C'est un de ses gardes qui vint le trouver une fois levé pour lui annoncer qu'un messager était venu pour indiquer la venue de la Duchesse de Seinte. Il donna alors quelques pièces au messager, puis termina ses derniers préparatifs le concernant pour que la journée ne soit rythmée d'imprévus.

Egérie fit son apparition peut être une vingtaine de minutes après l'arrivée du messager. Elle fut accueillie par un soldat, qui la mena jusqu'à l'arrière salle, pièce dans laquelle le prince organisait déjà sa journée pour le retour vers la capitale. Lorsqu'elle fut annoncée, il se leva promptement, puis s'inclina avant de prendre la parole le premier.



« Ma Dame, je tenais à vous présenter mes excuses pour les offenses que j'ai pu vous faire la veille. »



Il la laissa s'approcher si elle le souhaitait, ne s'asseyant que si elle prenait place en face de lui. Le fauteuil était bien présent et elle avait le choix. Il ne savait guère si elle avait gardé rancoeur auprès de lui, ni si elle avait pu réfléchir à leur dernière discussion, ainsi il préféra ne pas en dire trop et la laisser débuter les échanges, se contentant une phrase toute faite avant de reprendre le silence et écouter ce qu'elle pouvait bien avoir à lui dire.



« En quoi puis-je vous être utile ? »





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Planter un arbre [terminé] - Page 2 Sean10
Egérie de Seintes

Identité
Titre :: duchesse
Âge: 23 ans
Race: Humain


Egérie de Seintes

Jaseur
Dim 18 Oct 2020, 22:40
Sujet : Re: Planter un arbre [terminé]   
Planter
un arbre
Avec Uiseann
Indépendance et efficacité, à prendre ou à laisser

Sur le chemin descendant vers les habitations, la duchesse ralentit sa monture. Voilà longtemps qu’elle n’avait pas chevauché ainsi, grossesse oblige. Cela faisait du bien, même si le poids de la perte pesait toujours sur son cœur. Uraz ne serait plus jamais là pour décider avec elle de l’avenir du domaine, et Gavriel ne l’aura jamais connu. Uraz serait un fantôme pour lui, une image un peu abstraite, trop abstraite à laquelle se référer.

Le choix personnel qu’elle avait mûri vis-à-vis de l’offre du prince et dont elle comptait bien faire part à son mari, n’avait plus lieu d’être débattu ou discuté. Cependant, la mort de son époux pouvait faire revenir son potentiel partenaire en affaires sur sa proposition. Peut-être était-il au courant, déjà. Le messager qu’elle avait envoyé, lui avait peut-être dit pour Uraz.

Passant devant une fontaine, elle mit pied à terre, empêcha son cheval de boire l’eau de source trop fraîche après la course effrénée qu’elle lui avait imposé, et se désaltéra elle-même, s’accordant une dernière minute de réflexion avant d’aller à l’auberge. L’eau lui renvoya un reflet d’elle, pâle et complètement décoiffée, le regard un peu perdu. Elle brouilla l’eau d’une main impatiente et reprit son chemin, tirant sa monture par la bride. Elle se contenta de remettre une mèche de cheveux en place et se présenta à l’auberge.

Un soldat l’accueillit, sans aucun doute un homme du prince, et la conduisit jusqu’à lui, qui semblait travailler, seul à une table. Egérie remercia le soldat d’un signe de tête, puis accorda toute son attention à Uiseann d’Envel, en commençant par le saluer d’une révérence.

« Je crois qu’il y a eu un malentendu entre nous, votre Altesse. Je m’excuse aussi de mon comportement puéril. »

Elle fut satisfaite de constater que sa voix ne tremblait pas, et heureuse d’avoir l’occasion de repartir sur une conversation plus sereine que la veille au soir. Elle comprit cependant que son messager n’avait pas avertit le prince de son deuil, et qu’elle devrait se charger de cela elle-même, ce qui lui semblait assez naturel au demeurant, mais qui la mettait mal à l’aise.

Elle avisa le siège face à la place de son interlocuteur.

« Vous permettez ? »

Elle s’y installa et après une inspiration pour se donner du courage et éviter de fondre en larmes, elle dit du ton le plus détaché possible :

« La situation a changé pour moi, par rapport à hier. Je ne sais pas si cela modifiera vos perspectives, mais je… j’ai appris par un messager, que mon mari était… »

Elle buta sur le mot, détourna le regard, ses mains tremblaient un peu, elle les serra l’une contre l’autre et finit par lâcher dans un souffle :

« Je suis veuve. »

Sa gorge était sèche soudain, et elle remercia les dieux de ne pas lui envoyer plus de larmes, même si cela pouvait la faire passer pour un cœur de pierre. La douleur était bien là, lotie au chaud, dans son désarroi imprévu. Mais ce n’était pas le lieu, ni le moment pour l’exprimer.

Elle déglutit pour se reprendre et poursuivit péniblement :

« Je ne veux pas vous retenir plus longtemps que nécessaire par ici, je sais que la capitale est loin, et étant dorénavant seule décisionnaire à consulter, il m’a semblé préférable de régler notre affaire au plus tôt. J’ai beaucoup réfléchi la nuit dernière, et je pense avoir une réponse à vous donner, mais peut-être qu’à présent que mon époux n’est plus là, vous voulez reconsidérer votre offre.. Auriez-vous un verre d’eau ? »

Apparemment, l’eau de la source n’avait pas été suffisante pour la désaltérer, et elle avait soudain très chaud.

Uiseann d'Envel

Identité
Titre :: Maréchal
Âge: 29
Race: Humain


Uiseann d'Envel

Maréchal
Lun 19 Oct 2020, 10:33
Sujet : Re: Planter un arbre [terminé]   
Planter
un arbre
Avec Egérie de Seinte
Savez vous planter des choux ?

La tenue de la Duchesse dénotait énormément de celle de la veille. Cette fois, elle se présentait à lui de manière bien plus négligée. Cheveux à peine coiffés, visage encore rougi par le galop à la fraiche qu'elle venait de réaliser, des yeux qui semblait fatigués, bref... Elle n'avait pas l'air d'aller aussi bien que la soirée dernière. Il n'osa imaginer une autre possibilité que des discussions acharnées, pour ne pas dire houleuses à propos de sa proposition, mais il n'en dit absolument rien, la laissant s'installer sur le fauteuil qui lui faisait face.

Il s'installa à son tour, puis fut ravi de l'entendre évoquer cette mésentente et recevoir ses excuses pour ce qui s'était passé la veille. Comme il avait plus ou moins prévu de faire, il la laissa ocntinuer en silence, préférent savoir et connaître sa position sur ce qu'ils avaient évoqué la veille, sa position finale. Mais au lieu de cela, elle lui fit part d'un tout autre sujet. Avait-il bien entendu ? Veuve ? Le regard du prince s'écarquilla un peu plus avant de froncer légèrement les sourcils. Elle avait l'air profondément choquée par cette nouvelle, et elle ne la connaissait pas depuis longtemps, sinon elle lui en aurait certainement fait part lors de la soirée. Mais quelle idée saugrenue de venir à lui en cet état !? Enfin qu'importe, maintenant qu'elle était là, il n'allait pas la renvoyer chez elle pour qu'elle se morfonde davantage.

Evidemment, elle n'était pas dans son assiette, la prise de parole n'était pas chose aisée en de telles circonstances, et malgré cela, elle souhaitait finaliser ce dont ils avaient évoqué précédemment. Lorsqu'elle montra un signe de "faiblesse" et demanda s'il était possible d'avoir un verre d'eau, le Prince se leva et, prenant la mesure de la situation, servit lui même la Duchesse avant de lui tendre le verre.



« Avant toute chose, veuillez accepter mes plus sincères condoléances ma Dame. »



Il resta un temps debout non loin d'elle, prêt à récupérer le gobelet au besoin, ou à la resservir à nouveau.



« Avant d'aborder ce pourquoi vous êtes venue de si bon matin, permettez moi d'insister sur cette triste nouvelle. Serez vous suffisamment accompagnée pour les démarches relative à la perte de votre époux ? Je peux retarder de quelques jours mon départ pour vous accompagner dans ces démarches si vous le désirez. Et c'est évidemment sans rapport aucun avec notre possible entente sur ce dont nous avons évoqué hier. »



Même si le Prince n'était pas du genre à perdre son temps pour rien, il restait assez proche des sujets du Royaume, et d'autant plus lorsqu'il projetait de participer de près ou de loin à un de leurs projets. Ainsi, il était là, en cette période difficile, alors la moindre des choses était de lui proposer un soutien moral. L'avantage étant qu'il pouvait jouer de ses contacts pour accélérer les choses si besoin était.



« Je ne tiens pas à ce que vous vous sentiez contrainte d'évoquer de suite de potentiels accords entre nous, ainsi si vous le désirez, nous pouvons remettre cette entrevue à une autre fois. »



Uiseann ne la quitta pas des yeux, attendant un signe, ou une prise de parole. Il pouvait la faire raccompagner, ou même la raccompagner personnellement si le besoin s'en faisait sentir, mais en aucun cas il ne l'obligerait à parler commerce dans son état. Jamais de son vivant, le Prince n'irait profiter de la faiblesse émotionnelle d'une veuve pour obtenir un accord plus intéressant. Elle avait donc la main sur la suite de cette entrevue car il ne l'imposerait pas, tout comme il ne la jettera pas non plus hors de cette auberge pour qu'elle fasse son deuil durant quelques journées chez elle. Il était sûr qu'une fois la nouvelle répandue, elle allait découvrir les joies de recevoir nombre de vautours qui chercheront à mettre le grappin sur ses terres, à l'embobiner pour des dettes imaginaires que son époux pouvait avoir. Les gens ne manquaient pas d'imagination pour ce genre d'évènements, et souvent ils étaient prêts à beaucoup de choses pour extirper un peu d'argent ou de terres sur du court, du moyen ou du long terme. Elle allait devoir être forte, et si possible être bien accompagnée pendant ce lapse de temps. 





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Planter un arbre [terminé] - Page 2 Sean10
Egérie de Seintes

Identité
Titre :: duchesse
Âge: 23 ans
Race: Humain


Egérie de Seintes

Jaseur
Lun 19 Oct 2020, 12:31
Sujet : Re: Planter un arbre [terminé]   
Planter
un arbre
Avec Uiseann
Indépendance et efficacité, à prendre ou à laisser

Ce verre d’eau était véritablement le bienvenu. Elle le but d’une traite, et se sentit légèrement mieux. Se passant une main sur le front, elle remercia le prince de ses condoléances. Il inaugurait la litanie répétitive qu’elle devrait recevoir dans les jours à venir, mais ces paroles, bien que convenues pouvaient être un peu réconfortantes, par leur caractère formel, voire rituel. Ce serait un point de repère.

Elle posa le verre vide sur le bureau, et écouta le prince, touchée par sa sollicitude. C’était vraiment altruiste de sa part de proposer de rester, et l’idée l’effleura d’accepter, avant de se souvenir qu’il était prince et qu’elle n’était pas le centre du royaume. Dieux merci. Malgré tout, avant de refuser tout net, elle préféra réfléchir un peu avant de dire :

« Je vous remercie : mes parents ne vivent pas très loin d’ici, je vais les prévenir, et je pense qu’ils viendront assez vite. Ils doivent savoir ce qu’il faut faire dans ces moments-là. Si vous tenez à rester, faites comme bon vous semble, mais ne gaspillez pas votre temps pour cette affaire. »

Par ailleurs, le funeste messager du matin, n’avait donné aucun détail sur le corps. Egérie comptait bien le récupérer pour lui assurer des funérailles dans les règles. Or, elle ne savait pas où l’accident avait eu lieu, et par conséquent, elle ne connaissait pas le temps qu’il faudrait pour faire rapatrier son mari au domaine. Ce n’était vraiment pas raisonnable que le prince attende tout cela, alors qu’il avait certainement des choses plus urgentes à régler. Il fallait donc parler affaires maintenant.

« Je ne me sens pas contrainte, votre altesse, je suis venue vous voir pour parler commerce : la nouvelle ne s’est pas encore répandue, vous êtes encore ici, et je suis encore assez sous le choc pour ne pas subir mon chagrin. C’est probablement la seule occasion que nous aurons de parler de ce qui nous préoccupe avant plusieurs semaines, inutile, donc de retarder l’échéance. »

Egérie, leva les yeux vers lui, et remarqua qu’il était dans l’expectative, certainement peu sûr d’elle et de son état émotionnel. Elle ne pouvait pas l’en blâmer, elle devait donner un triste tableau d’elle-même, bien loin de la courtisane de la veille. Elle tenta un sourire triste.

« Ne vous en faites pas pour moi, je pleurerai toutes les larmes du monde demain, et j’aurai vraiment l’air d’une veuve à ce moment-là ! Et comme notre affaire sera réglée, je n’aurai plus besoin de m’en préoccuper. Je ne souhaite pas qu’on profite de ma situation pour s’engouffrer dans une brèche chez moi. Quelle qu’elle soit. Si vous tenez tant à me soutenir, le meilleur moyen que vous ayez est certainement de marchander une dernière fois. »

Au fur et à mesure qu’elle lui parlait, elle sentait que c’était la bonne décision. Demain, elle n’aurait plus la force de résister à sa douleur, ni celle de rassembler ses esprits pour prendre une décision rationnelle. La nouvelle de la mort d’Uraz était trop fraîche pour qu’elle en prenne pleinement conscience, il fallait en profiter avant que tout ne s’abatte sur elle. La vie continuait.

Elle écarta donc de son esprit tout ce qui ne concernait ni la scierie, ni les cèdres, ni le parrainage. Son veuvage n’avait pas l’air de l’avoir fait changer d’avis au sujet de tout cela, mais il fallait dire aussi qu’il avait été bien occupé à lui présenter ses condoléances et à lui proposer son aide. Sans sous-estimer sa capacité d’analyse et de réflexion, elle doutait qu’il ait pris une nouvelle décision, ou adopté un autre angle de vue depuis qu’elle lui avait annoncé la nouvelle. Elle lui laissa donc un peu de répit avant de demander :

« La situation vous fait-elle revoir vos prérogatives sur le domaine et sur mon fils ? »

Tout de même, se retrouver parrain d’un enfant orphelin était probablement plus accaparant que d’avoir pour filleul un garçon encore sous l’égide de son père. En ce qui concernait Egérie, elle voyait déjà deux choses à modifier de ce qu’ils s’étaient dit la veille. Mais au prince la parole.

Uiseann d'Envel

Identité
Titre :: Maréchal
Âge: 29
Race: Humain


Uiseann d'Envel

Maréchal
Lun 19 Oct 2020, 15:48
Sujet : Re: Planter un arbre [terminé]   
Planter
un arbre
Avec Egérie de Seinte
Savez vous planter des choux ?

Le Prince se contenta donc d'opiner du chef lorsqu'en deux ou trois prises de paroles, la Duchesse de Seintes avait rassuré en quelque sorte le Prince sur son état. Ainsi, elle savait très bien ce qu'elle faisait, et souhaitait profiter de ces instants où la réalité n'était pas encore tout à fait ancrée dans sa tête, pour faire avancer les dernières tractations commerciales qu'ils avaient déjà entamées la veille.  



« Très bien, ainsi soit-il. »



A son tour alors, il s'installa sur le fauteuil qu'il occupait à son arrivée, puis posa ses mains sur la table pour écouter sa nouvelle prise de parole. La question posée était probablement judicieuse, et cette fois c'était plutôt à lui de réagir à chaud face à cette récente triste nouvelle. Il laissa donc le silence s'installer le temps de quelques secondes car il en avait besoin pour remettre tout en ordre dans sa tête, puis une fois le processus réalisé, il s'avança légèrement dans son siège comme pour se rapprocher.



« Cette triste nouvelle n'affecte en rien les propositions que j'ai pu vous faire la veille. Je ne suis pas homme à revenir sur mes promesses, et c'est en tant que représentante de votre famille que je vous ai vue et avec qui j'ai effectué ces différents échanges lors de la dernière soirée. »



Voilà qui devait être théoriquement suffisamment clair pour qu'elle puis en être rassurée pour ce sujet. Néanmoins, ils ne s'étaient pourtant pas quittés en très bons termes et il se devait de revenir alors sur ce qui faisait office d'accord selon lui.



« Donc, pour jouer de nouveau cartes sur table, je vous ai proposé un accord entre nos deux parties, à savoir une co-gérance de quatre années le temps de mettre en place votre projet et de le développer à ses débuts, un investissement de ma part dans votre projet tant personnel que financier si le besoin s'en faisait sentir, mais également une exclusivité de votre bois pour les intérêts de la Marine d'Envel. La co-gérance serait uniquement un droit de regard sur vos décisions, et je pourrai  faire office de conseil si vous en aviez besoin pour le choix d'un promoteur ou pour tout travaux de grande ampleur à ce sujet au sein de votre domaine. Je ne souhaite guère vous mettre des bâtons dans les roues, ni m'accaparer votre projet, je me contente simplement de vous donner plus de poids au sein des côteries et de vous consacrer davantage de temps pour cela. »



Il fit une brève pause pour voir ses réactions, puis reprit la liste de ce qui avait pu être évoqué en détaillant l'ensemble afin qu'aucun quiproquo ne puisse être laissé au sein de la discussion.



« Concernant votre fils, je me permets de vous retourner la question car je ne tiens à m'imposer en tant que parrain voyez vous. Que nous soyons clairs, et je vais être franc avec vous, avec la perte de votre époux, le parrain de votre enfant aura une plus grande part de responsabilité dans la vie de votre enfant. Je voyais ce parrainage comme un pont pour votre famille pour intégrer plus rapidement la Cour du Roy, peut être pas dans les mois à venir, mais disons que couplé au projet que nous mènerions conjointement, vous pourriez avoir un certains poids en la matière. Néanmoins, ce n'est pas quelque chose que je propose à toutes les femmes ayant un projet et un enfant en bas âge, ou tout homme ayant également un enfant en bas âge évidemment. Ainsi, je tiens absolument à ce droit de regard sur son éducation. »



C'était la partie la plus épineuse du projet, alors il préférait prendre son temps, et il ne laissa pas le silence s'insinuer longtemps avant de reprendre.



« Je ne serai pas là évidemment à vous apprendre comment élever votre enfant, ce n'est absolument pas mon intention et d'ailleurs mes conseils ne seraient pas des plus utiles puisque je n'ai moi même pas d'enfants. Non, ce que je souhaite tout simplement, c'est que lorsque vous aurez fait les choix émanant à la vie de votre petit garçon, ou qu'il fera les siens une fois grand, je puisse en être informé afin que je puisse jouer de mes relations pour lui proposer les voies les plus intéressantes ou les plus brillantes selon ses ou vos choix. Prenons tout simplement un exemple concret que je maîtrise assez bien. Si votre enfant venait à vouloir intégrer un jour un corps de l'armée d'Envel, il lui faudra apprendre le maniement des armes, une armure adéquate, et je pense connaître les personnes les plus reconnues pour leurs talents, pour qu'il puisse être formé par les meilleurs qui soit. Ceci n'est qu'un exemple, soyons d'accord, mais sachez qu'en tant que Prince, mes contacts sont extrêmement variés. Cela devrait permettre à votre fils de vivre la vie rêvée qu'il souhaite. »



C'était peut être ce qu'il aurait du dire dès le début en fait lors de cette fameuse soirée, mais là au moins il ne pouvait guère être plus équivoque dans ses propos. Il ne voulait pas s'imposer, ni même imposer quoi que ce soit, mais en contrepartie de cette exclusivité, il proposait simplement d'offrir à son fils la vie qu'il pourrait rêver d'avoir.



« Est-ce que cela vous conviendrait-il ainsi ? »




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Planter un arbre [terminé] - Page 2 Sean10
Egérie de Seintes

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Egérie de Seintes

Jaseur
Lun 19 Oct 2020, 17:27
Sujet : Re: Planter un arbre [terminé]   
Planter
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Avec Uiseann
Indépendance et efficacité, à prendre ou à laisser

La discussion était relancée, après l’affirmation du prince qu’il ne modifiait pas ses propositions. Egérie l’écouta remettre tout à plat, histoire que les choses soient claires. Ce qu’il attendait de cet accord, et ce qu’elle-même cherchait à atteindre en le passant était complémentaire, cohérent. L’exclusivité des ventes de bois était une affaire conclue d’avance. La co-gérance n’était plus soumise qu’à sa propre décision, et elle l’avait prise. Quatre ans avec un partenaire financier, une sorte d’associé, qui de plus se proposait d’être assez arrangeant ; c’était tout à fait acceptable. A la clé, sa maison entrerait parmi les Coteries, ce qui était le but de cette entreprise. En somme cette partie du marché n’avait pas besoin d’être beaucoup plus discutée, elle lui convenait, et ce qu’elle proposerait de plus au prince ne pourrait pas lui déplaire.

Elle hocha la tête pour lui montrer qu’elle était d’accord jusque-là, et le laissa aborder l’autre partie de l’accord. Elle était plus frileuse là-dessus, et souhaitait réellement le ré-entendre à ce sujet pour être certaine de ne pas se faire avoir. Quand il était question du domaine, elle pouvait faire des concessions, au risque de le perdre, ce n’étaient que des terres. Les siennes certes, mais des terres, remplaçables. Pour Gavriel, il en allait autrement. Il était son premier fils, le fils unique de la famille de Seintes, et en ce qui le concernait, elle ne pouvait se permettre aucune erreur de jugement.

Malgré tout, les excuses initiales par lesquelles elle avait été accueillie à l’auberge, et l’attitude conciliante du prince la renforçait dans son idée qu’elle s’était forcément trompée quelque part, qu’elle avait mal compris un détail, mal interprété un mot, la veille au soir. Elle l’écouta donc avec l’attention la plus extrême.

La veille, elle n’avait proposé au prince d’être parrain qu’avec la simple intention de lui fournir une excuse valable pour sa visite. A présent, Uraz était mort, et un parrain pourrait être le bienvenu, elle s’en rendait bien compte. C’était une chance que le maréchal ne refuse pas sa demande, après la scène de la veille, dont elle se sentait encore honteuse.

Là, tandis qu’il parlait, elle comprenait mieux. Le « droit de regard » qu’elle avait mal interprété était simplement une proposition de sa part pour assurer la meilleure éducation qui soit à Gavriel. Elle-même avait eu de la chance d’avoir une érudite comme préceptrice, mais elle avait conscience que son éducation devait être bien pauvre en comparaison d’autres personnalités du royaume, comprenant dans ce lot son interlocuteur. Ce serait une chance inestimable pour Gavriel, la garantie d’un bel avenir, s’il ne se montrait pas réfractaire aux enseignements de ses maîtres. Les explications du prince la rassurèrent, et à la fin, un léger sourire flottait sur ses lèvres.

« Il y avait effectivement un malentendu, votre altesse. Hier soir, j’ai cru que vous imposiez de devenir le parrain de Gavriel si je voulais que nous fassions affaire pour le domaine. Je vois que je me suis trompée, je m’en excuse encore. Vous ne me faisiez pas du chantage. »

Ce n’était pas la première fois qu’elle comprenait de travers ce qu’on lui proposait, et cela la mettait en principe dans des situations délicates, qu’elle ne parvenait pas toujours à régler, malgré sa bonne volonté. Elle se connaissait pourtant assez pour savoir qu’avec elle ce genre de quiproquo pouvait vite survenir. Mais si les propos du prince avaient été dans le sens qu’elle avait imaginé, elle aurait préféré tout refuser plutôt que de faire passer le domaine et la gloire du nom De Seintes avant Gavriel.

Elle reprit :

« Tout d’abord, je vais accepter l’offre concernant le domaine. Nous serons donc co-gérants de la plantation et de la scierie pendant quatre ans, et la marine d’Envel aura l’exclusivité du bois. Je précise que je maintiens mon offre du quart des cèdres. Vingt-cinq arbres, troncs et ramifications partiront donc pour Varenne dans les plus brefs délais. Par ailleurs, puisque vous serez co-gérant, vous aurez aussi droit à la moitié des bénéfices. »

Ce n’était que chose normale, et il se montrait assez généreux sans qu’elle exige en plus de garder les bénéfices pour elle. Ce serait malhonnête.

« Quant à Gavriel, je serais très honorée que vous soyez son parrain. J’ai bien conscience que c’est une occasion unique que vous me présentez, et si cela ne vous fait pas peur d’avoir mon fils pour filleul, alors j’accepte vos conditions avec reconnaissance. »

Uiseann d'Envel

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Titre :: Maréchal
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Uiseann d'Envel

Maréchal
Lun 19 Oct 2020, 18:43
Sujet : Re: Planter un arbre [terminé]   
Planter
un arbre
Avec Egérie de Seinte
Savez vous planter des choux ?

Finalement, les paroles du Prince eurent un bon effet dans la suite des négociations, puisqu'une fois rassurée par ses intentions, elle accepta tout bonnement et simplement ce qu'il lui proposait. Ainsi, il se leva de son fauteuil, puis fit les quelques pas pour faire le tour du bureau et se poster face à elle. Il lui tendit alors la main comme pour valider cette transaction orale, puis il lui adressa un large sourire avant de prendre la parole.  



« Une excellente nouvelle dans cette période délicate que vous vivez en ce cas ! Et ne vous en faites point pour hier, c'est déjà oublié. Sachez que je comprends tout à fait qu'il puisse être difficile de laisser quiconque entrer dans la vie de son propre enfant. »



Il aurait certainement agi de la même manière après tout. Mais il ne lui en tenait pas rigueur, c'était même plutôt le contraire. Elle avait tout simplement prouvé qu'elle n'était pas là pour le bénéfice à tout prix, non en elle vivait tout de même les valeurs de la famille et c'était tout en son honneur. Poignée de main ou non, il reprit avec un ton plus calme et presque rassurant.



« Nous voici donc liés d'une certaine manière. Je vous ferai parvenir les différents contrats relatifs à nos engagements respectifs, je suppose que vous souhaiterez attendre un peu avant d'engager les procédures pour officialiser ce qui concerne votre fils. N'hésitez pas à me faire part de toute difficulté ou tout problème que vous rencontreriez, qu'il s'agisse de Gavriel ou de vous après tout.  »



La partie purement "commerce" était donc terminée pour lui, et il n'avait absolument rien à ajouter concernant cette partie.



« Avez vous quelque chose à rajouter ? Dans le cas contraire, laissez moi vous raccompagner jusqu'à chez vous, j'insiste. »



Il ne laissera certainement pas une femme au bord des larmes rentrer de nouveau seule. Même si le chemin n'était pas de plus long, il préférait jouer la carte de la sureté et tout simplement de la bonté. Dorénavant, il lui faudra probablement apprendre à la connaître davantage, elle et son fils, car des questions les concernant, il allait certainement en avoir dans les semaines à venir. Même si à la base, tout naissait d'un projet de commerce visant à faire de la Marine d'Envel, un corps plus indépendant vis à vis de la ressource de bois de construction, il ne pouvait guère en parler ainsi à la cour.



« Nous devrions également nous mettre d'accord sur la raison qui vous aurait poussée à me proposer de devenir le parrain de votre enfant, mais aussi celle qui me l'aurait fait accepter. Je doute qu'évoquer notre accord soit le plus adéquat pour le jeune Gavriel, s'il est connu comme une "monnaie d'échange" cela pourrait lui nuire sur du long terme. »



Et pour le moment, il n'en voyait pas beaucoup, ainsi il préféra laisser la femme imaginer toute sorte d'idée saugrenue, car sans quoi, les rumeurs allaient vite se propager.




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Planter un arbre [terminé] - Page 2 Sean10
Egérie de Seintes

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Titre :: duchesse
Âge: 23 ans
Race: Humain


Egérie de Seintes

Jaseur
Lun 19 Oct 2020, 21:58
Sujet : Re: Planter un arbre [terminé]   
Planter
un arbre
Avec Uiseann
Indépendance et efficacité, à prendre ou à laisser

Egérie saisit la main tendue et la serra pour conclure l’affaire. C’était une chose de moins pour laquelle s’inquiéter. Elle attendrait les papiers et les signerait le moment venu. Et d’ici là, elle trouverait largement de quoi s’occuper pour chasser les pensées trop tristes. C’était effectivement une excellente nouvelle ! Elle se leva également de son siège, n’ayant rien de plus à ajouter, et il lui proposa de la raccompagner, ce qu’elle accepta volontiers.

« Tout de même, dit-elle, je vais éviter de vous solliciter trop souvent, en tout cas, pas pour des broutilles, vous avez ma parole. La capitale est à une journée de cheval, ce n’est pas rien… »

Non, il n’était pas dans les intentions de la jeune femme de déranger le prince à propos de tout et n’importe quoi. Elle le tiendrait au courant des avancées régulièrement, puisqu’il était concerné, et lorsqu’il serait temps, elle lui parlerait de Gavriel mais si ce que les rumeurs disaient était vrai, alors il n’y aurait pas le temps pour des mondanités comme celles de la veille, ou même pour les préoccupations les plus ordinaires en temps de paix. Elle y pensait alors qu’ils sortaient de l’arrière-salle, avant qu’il n’évoque la raison du parrainage.

« J’avoue avoir un peu agi sur un coup de tête hier soir. Le fait est que j’ai trouvé la marraine, mais que nous n’avions pas décidé du parrain, Uraz et moi. J’ai tenté ma chance et cela vous aurait donné une excuse pour être venu. Mais à présent que c’est fait, je ne le regrette pas. Vous n’êtes pas le premier venu, certes, mais je pense que vous ferez un bon parrain. »

Elle le regardait en disant ces mots et ses yeux traduisaient la sincérité de son propos. Finalement elle revint à la question qu’il posait.

« Il est vrai qu’on pourrait se demander pourquoi vous avez accepté. Si vous avez peur des rumeurs, il faut que l’histoire inventée soit crédible. »

En sortant de l’auberge, elle retrouva son cheval attendit qu’on amène celui du prince pour monter, cela lui donna le temps de réfléchir à une excuse valable. En passant, elle ne put s’empêcher d’admirer la noblesse de la monture du coin de l’œil. Mais quoi d’étonnant ? Uiseann d’Envel portait avec lui les symboles du pays, pourquoi n’aurait-il pas un cheval digne de les porter avec lui ? Elle mit son cheval au pas d’un mouvement de jambes.

« Uraz m’a raconté que son père était artilleur sur un navire d’Envel. Il a péri lors d’une bataille navale, il y a cinq ans, contre des pirates. Vous étiez déjà maréchal à ce moment, et mon beau-père (il ne l’était pas encore à l’époque) ne disait que du bien de vous. Je pourrais raconter que vous l’avez connu, et que c’est en sa mémoire que je vous ai demandé d’être le parrain de Gavriel, et que pour la même raison, vous avez accepté. »

Elle lui jeta un coup d’œil pour l’interroger, savoir ce qu’il en pensait. Mais il n’avait pas tort : si elle ne voulait pas être le sujets de bavardages peu flatteurs, il valait mieux avoir une belle histoire à raconter. On n’arrêterait pas les pires commères, mais on limiterait les dégâts. Pour habiter dans la région depuis quelques années, Egérie savait qui colporterait les pires ragots. Mais elle doutait qu’ils parviennent à convaincre tout le monde. Sa fidélité envers Uraz ne pouvait pas être remise en cause : elle aurait pu largement et impunément profiter de ses longues absences pour le tromper, mais elle ne l’avait pas fait. Pourquoi aurait-ce été le cas pour Gavriel ?

D’ailleurs, si le prince l’accompagnait jusque chez elle, ce serait l’occasion de lui présenter l’enfant. Mais avant, il fallait qu’elle aborde un autre sujet :

« Uraz était parti dans le nord-est, commença-t-elle sans s’arrêter sur le fait qu’elle parlait de lui au passé à présent. Il m’a envoyé une lettre le mois dernier où il faisait mention de créatures inquiétantes rodant sur les frontières. J’ai également eu vent de rumeurs par rapports à ces « bêtes » monstrueuses, jusque par ici. Votre altesse, est-ce qu’il faut s’attendre à une nouvelle guerre ? »

Uiseann d'Envel

Identité
Titre :: Maréchal
Âge: 29
Race: Humain


Uiseann d'Envel

Maréchal
Mar 20 Oct 2020, 09:50
Sujet : Re: Planter un arbre [terminé]   
[quote="Uiseann d'Envel"]
Planter
un arbre
Avec Egérie de Seinte
Savez vous planter des choux ?

Les deux comparses commençaient donc à s'afférer pour quitter les lieux et rejoindre une nouvelle fois le manoir de la famille De Seintes. Il allait de soit que les montures avaient été prises en charge par un soldat et qu'au moment où ils quittèrent les lieux, ils purent voir leurs deux chevaux ou juments non loin de la porte d'entrée, les attendant tout simplement. Tout en s'exécutant, le Prince écoutait les paroles de sa dernière "protégée". Lui, faire un bon parrain ? Probablement, après tout il réussissait tout ce qu'il entreprenait alors pourquoi cela échapperait-il à cette règle ?

Néanmois, lorsqu'elle évoqua les rumeurs, en avançant le fait que ça pouvait lui nuire, il esquissa un sourire à moitié amusé. Des rumeurs à son sujet, il y en avait eu des dizaines, certaines fondées, d'autres non. Plus on visait haut et plus les langues se déliaient, et ça, il l'avait bien compris avec les années passant. Ainsi, lorsqu'il attrapa le licol de sa monture, il lui répondit brièvement avant de grimper.  



« Oh vous savez, je pensais plus à vous et votre enfant. Je sais pertinemment faire face aux rumeurs, et celles dont on pourrait parler aujourd'hui ne sont pas prêtes d'écorner un tant soit peu mon image. »



En soit, il était Prince, un homme, et en plus de ça, célibataire. Alors il ne faisait pas de mauvais pas dans ce genre de rumeurs. Celle qui aurait le plus à en pâtir était elle et sa progéniture, puisqu'elle avait une ambition d'élévation sociale, mais aussi commerciale, et qui plus est, était mariée jusqu'à maintenant. D'un point de vue purement réthorique, il n'avait donc pas grand chose à se reprocher, même si les rumeurs de ce genre venaient à se répandre. Au pire, il serait probablement taquiné par son frère le Roy, mais rien de bien méchant.

Ils se lancèrent donc en quête de rejoindre le manoir, laissant les chevaux faire le travail avec une allure convenable, point de galop car ils n'étaient pas pressés, et la discussion n'aurait pas pu se suivre aisément. Elle lui évoqua alors une idée quant à la raison qui l'aurait poussé à lui proposer, et lui à accepter. C'était un peu tiré par les cheveux certes, car il ne pouvait guère se retrouver redevable de tous les soldats morts lors de batailles fluviales ou maritimes face à des pirates ou autres peuplades hostiles. Mais il n'avait rien de mieux à proposer alors il allait falloir faire avec, et puis bon... C'était pour elle après tout.



« Et bien, ma foi pourquoi pas. Si l'on me pose une question à ce sujet, je tiendrai ce discours. »



Un signe de tête en guise d'accord, point besoin de se serrer la pogne à tout bout de champ non plus, et puis à cheval c'était encore délicat à réaliser, il fut rapidement intéressé par les propos de la Duchesse à propos de son mari et de ses dernières lettres. Ainsi, les informations relatives à ce sujet se disséminaient un peu partout au sein de la population ? Il fronça alors un brin les sourcils, puis reprit d'une voix peut être un peu plus sérieuse et plus grave qu'à l'accoutumée. Elle pouvait alors sentir aisément que le sujet était complexe.



« Je ne peux malheureusement point vous en dire davantage, et il semble évident que vous en savez peut être plus que ce que nous voudrions finalement. Alors soit... Pour le moment, nous constatons en effet une recrudescence de ce genre de créatures, et nous prenons nos dispositions à cet effet... Néanmoins, de là à parler d'une prochaine guerre, pour l'heure ce n'est en tout cas pas à l'ordre du jour. Mais la situation peut être changeante alors nous restons sur nos gardes. Je vous demanderai toutefois de garder ce genre d'informations pour vous. »



Quelques minutes plus tard, le manoir pouvait à nouveau se dévoiler au loin. Il ne restait donc plus beaucoup de temps à chevaucher avant d'arriver. Derrière eux, deux gardes se tenaient à une dizaine de mètres pour accompagner le Prince dans ses déplacements. Il fit alors ralentir sa monture et laissa pour le coup la Duchesse prendre la tête du petit convoi car il s'agissait de sa propriété, et il semblait logique qu'elle y pénètre en première. Il avait fait ce qu'il lui avait promis, la raccompagner jusqu'à son domaine, il ne s'y imposera pas bien longtemps vu la situation dans laquelle elle était en ce jour.



« Nous y voilà. Puis-je me permettre de vous demander de me présenter Gavriel avant que je vous laisse à vos obligations ? »



Il ne savait pas trop comment appeler cela, une obligation c'était peut être un peu fort, mais tant pis. Il n'allait pas lui voler ce temps précieux de recueillement et de deuil après tout.




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