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 Le beurre...

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Eberhard Van Boeren

Identité
Titre ::
Âge:
Race: Néant


Eberhard Van Boeren

Maistre
Ven 12 Mar 2021, 14:16
Sujet : Le beurre...   
Les quais de la ville foisonnaient d'activité, comme à leur habitude. Sur les pavés du vieux port se déversaient moult marchandises et voyageurs, des marchands battaient le pavé pour s'enquérir des dernières rumeurs commerciales, des bourgeois spéculaient sur les prix des denrées... Une journée de plus dans l'opulente Varenne, qui ouvrait tous les jours ses cuisses à toute une armada de navires gorgés de fret.

C'est en fendant la presse de toute cette cohue ordonnée qu'Eberhard se rendait au
Joyeux Pêcheur, un établissement qui, s'il était loin d'être un tripot sordide pour marins louches, n'était pas non plus une enseigne que fréquentaient souvent les riches. Pour veiller à sa sécurité, Van Boeren avait pris avec lui deux gorilles, aussi habiles pour fendre la foule que les crânes des truands. Remus était petit et large, à tel point qu'on l'eut cru Nain, et Arnulf grand et costaud, faisait une tête de plus que tout le monde. Tandis que le premier mordait les hanches des gêneurs, le second guidait le trio dans la bonne direction.

Cette taverne lui avait été renseignée par son beau-père, qui le tenait lui-même d'un officier des Invaincus qui était de ses amis. Il prétendait que c'était cette gargote qui accueillait le plus souvent le capitaine Rinn lorsqu'il mouillait à Varenne. En s'arrêtant sous l'enseigne du débit de boisson, qui montrait un joyeux drille en train de remonter un poisson de deux fois sa taille, il ne comprit pas pourquoi : l'endroit n'était guère très vivace, et le bois aurait bien mérité une nouvelle couche de peinture. Peut-être le capitaine préférait-il les endroits calmes, loin des oreilles indiscrètes. Exactement le genre de Van Boeren également.

Il pénétra dans ce mauvais cabaret, accompagné de ses deux lourdingues. A l'intérieur, quelques habitués semblaient prendre racine depuis si longtemps qu'ils devaient ignorer jusqu'à la dernière invasion. Le tavernier quant à lui ne payait pas de mine : gras et tatoué, il passait nonchalamment la même vieille serviette moisie sur le comptoir. Derrière lui, un énorme poisson était accroché, et Eberhard dut reconnaître : la bâtisse portait bien son nom... en partie. Car à voir la tronche que tirait le propriétaire, la taille de son gardon l'enjouait beaucoup moins à présent.

Eberhard fut offusqué de voir que son entrée ne déclencha pas une seule réaction au sein de la clientèle. A peine un regard vide, de nouveau vite rivé sur le fond de la chope. Un cimetière aurait accueilli des clients plus expressifs. Alors, après un petit raclement de gorge, Eberhard apostropha le tenancier :


- Toi là, le nicodème ! Peux-tu me dire où se trouve le capitaine Rinn ?

Le gros patron posa ses yeux désabusés sur le bourgeois tout habillé de noir, encadré par ses bêtes de foire. Il répondit simplement :

- J'veux bien moi... mais mon nom c'est Jonas, pas Nicodème.

Eberhard inspira un grand coup, avant de relâcher un long soupir, se passant les sinus entre le pouce et l'index.

- J'ai toujours eu... beaucoup de chance.

Passé l’apitoiement sur sa guigne proverbiale pour rencontrer des cadors, il balaya la salle du visage, plissant les yeux. Parce qu'en plus d'être défraîchi, le bâtiment n'avait qu'une seule fenêtre, et pas de lanterne apparemment. Il voyait bien quelques silhouettes dans le fond de la salle, mais leur nature restait aussi mystérieuse que l'énigme résidant au fond du verre des alcooliques.
Seirindë Shalia Arafinwë

Identité
Titre :: Capitaine Rinn
Âge: 323
Race: Elfe-Sylvain


Seirindë Shalia Arafinwë

Corsaire
Sam 13 Mar 2021, 11:24
Sujet : Re: Le beurre...   

L'argent du beurre

Capitaine Rinn & Eberhard






Voilà trois jours que le Joyau Ardent reposait au port de Varenne après avoir subi quelques dommages au large. Les pirates semblaient avoir pris la confiance, ces derniers temps, au-delà d'être plus actifs, ils agissaient surtout bien plus près du continent que d'habitude. Beaucoup de commerçants et de transporteurs s'en plaignaient et c'est en voulant s'opposer à une altercation que le précieux bâtiment du capitaine Rinn avait été endommagé. Ce n'était pas tant ces forbans, le problème ! Le soucis c'est qu'une tempête s'était invitée à la fête, envoyant par le fond le navire marchand pendant que les pirates fuyaient après avoir reconnu le pavillon du Joyau. Préférant secourir l'équipage en danger, Shalia avait perdu la piste des malandrins et fut contrainte de mouiller au port le plus proche pour faire l'état des dommages.

Ainsi, la rénovation prenait du temps.

Elle en profitait pour prendre des nouvelles de Nehem et régler quelques affaires avec son trésorier qui était toujours si préoccupé par les richesses des cales. Il fallait récolter les dettes et l'homme savait que sa patronne avait parfois le cœur trop tendre pour ça. Combien de dette avait-elle effacé juste avec un argument « j'ai une famille à nourrir, vous comprenez ? ». Heureusement, elle n'était pas non plus naïve, ni dupe, ceux qui la contrariait finissait par payer largement pour ceux pour qui elle avait eu de la pitié.

Cet après-midi là, le trésorier avait rayé suffisamment de nom de son registre pour être de bonne humeur et il accepta de se joindre à sa capitaine et à une partie de l'équipage pour aller se rincer le gosier à la taverne du Joyeux Pêcheur.

— J'aimerais quand même qu'on voit encore une petite chose au sujet de …
Minus, c'est l'heure de boire, tous ces chiffres n'ont pas autant de charme pour nous que pour toi …

Minus, de son véritable non Jack Alac, c'était ce grand costaud qui accompagnait Shalia Rinn. Il était si grand qu'il avait besoin de baisser la tête pour passer les portes et ses bras ne laissait en aucun cas deviner qu'il préférait de loin les comptes que les bagarres de taverne. C'était lui, le trésorier.

— Jonas, mon ami. Comment va ta mère ? S'approchant du comptoir, le visage du tavernier sembla s'illuminer un instant en voyant le visage de la navigatrice.
— Tu la connais, toujours en vie.
— Elle nous enterrera tous … De la bière et du rhum, je te prie. Nous prenons la table habituelle.

Les deux individus qui avaient emprunté cette table filèrent comme des souris devant un chat à l'approche de Jack bien que celui-ci les salua d'une manière tout à faire aimable. L'équipage prit place, Shalia était entourée de Jack le Minus à sa droite et de l'autre Jack, dit « le Mioche » un vieil homme qui était au service du Joyau Ardent depuis sa plus tendre enfance. Il y avait cinq Jack dans l'équipage, en tout, il fallait bien les différencier. Autour de la table, ce n'est ni l'odeur de la sueur, ni celle de l'alcool qui flottait, mais celle du doux parfum de la capitaine, un mélange de rose sauvage et de fraise des bois.

Isolés à leur table du fond, le groupe avait sorti des cartes pour commencer une partie d'un jeu dont seul le Mioche avait le secret. C'était toujours le même, pourtant les règles étaient si farfelus et complexes que tout le monde avait l'impression que les règles changeaient constamment. Certains le soupçonnaient de se moquer d'eux depuis toujours avec ça … mais il avait tellement de ferveur quand il se lançait dans une partie !

— Eh, Cap'taine. Y a un espèce de noblaillon qui vous cherche, j'crois. Informa un de ses jeunes mousses en revenant avec un gros saucisson aux noisettes. A cette information, l'intéressée leva les yeux de ses cartes et se pencha légèrement pour apercevoir un homme qui ne semblait effectivement pas dans son élément en ces lieux. Elle eut un léger sourire en haussant un sourcil, curieuse …
— Ne le laisse donc pas penaud ... Montre lui notre table.

A cette table, le plus imposant restait Jack le Minus, quoi que le Mioche avait une certaine prestance due à son âge. Quant à Shalia, elle était assez bien habillée, la politesse lui imposait cependant de ne pas porter son tricorne, ses cheveux étaient coiffés avec un bandeau de manière à cacher le haut de ses oreilles. Elle observa le mousse rebrousser chemin pour guider l'homme qui les cherchait.

— Eh m'sieur, pour l'cap'taine c'est par là. Vous lui voulez quoi ?

A l'approche de cet hôte inattendu, le groupe entier se tourna vers lui pour l'observer. Shalia resta silencieuse, elle voulait voir ce qu'il avait à dire … et à qui il estimerait bon de le dire.   



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Eberhard Van Boeren

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Race: Néant


Eberhard Van Boeren

Maistre
Sam 13 Mar 2021, 15:26
Sujet : Re: Le beurre...   
La nature des silhouettes se révéla d'elle-même, lorsqu'un morveux armé d'un saucisson vint souiller les oreilles d'Eberhard avec ses accents prolétaires. Avec la même attention qu'il avait accordé aux autres habitués, il n'offrit à ce jeune homme qu'un regard dans lequel la morgue le disputait au dédain. Néanmoins, en posant ensuite ses yeux sur la table que lui indiquait le freluquet, il sentit qu'il touchait au but, et ça, c'était plutôt encourageant. Après avoir traversé les quais, repoussé les hordes de pauvres venus se saisir de son porte-monnaie, serré des mains moites à chaque rencontre avec l'un de ses collègues armateurs, il allait pouvoir enfin s'asseoir et régler son problème au plus vite.

Eberhard ne perdit pas de temps. Il emboîta le pas au petit moussaillon, essayant de deviner qui pouvait bien être le capitaine, alors que les visages gagnaient en détail à chaque pas. Peut-être était-ce ce grand type à la mine patibulaire, monté comme un docker ? Ou bien ce vieil homme dans le regard duquel se lisait une longue histoire de romance avec la marée ? En revanche, ce ne pouvait certainement pas être cette prostituée qu'ils avaient ramené avec, bien qu'à chaque pas de plus, à chaque nouveau détail sur leurs trognes assombries, Van Boeren se stupéfiait de voir si jolie créature en compagnie de si laids bâtards. Une seule explication : l'argent. Et lui en avait beaucoup.

Il s'assit sans façon devant le trio, découvrant bien vite qu'il ne devrait pas trop bouger sous peine de sentir craquer le dossier. Ses molosses se placèrent à ses flancs, bras croisés, et leur frappante différence en terme de taille n'était sauvée du ridicule que par leurs faciès de truands. Eberhard commanda du vin, bien qu'il doutât trouver un bon millésime dans cette gargote mal famée. C'était pour la forme. Puis, il faisait soif.

Ses yeux passèrent du grand au vieux, en s'attardant sur la magnifique ribaude devant lui. Puis il se décida :


- Je ne sais auquel des deux je dois m'adresser, lequel d'entre vous est le capitaine Rinn ?

Eberhard avait joint ses mains devant lui, les frottant lentement en attendant que ces messieurs daignent lui répondre.

Léonessa de Faye apprécie le geste.

Seirindë Shalia Arafinwë

Identité
Titre :: Capitaine Rinn
Âge: 323
Race: Elfe-Sylvain


Seirindë Shalia Arafinwë

Corsaire
Sam 13 Mar 2021, 17:06
Sujet : Re: Le beurre...   

L'argent du beurre

Capitaine Rinn & Eberhard






L'homme n'était pas dans son élément ici, mais il n'était pas dépourvu, loin de là, les deux baroudeurs qui le suivaient comme son ombre en témoignaient. Shalia s’attarda d'ailleurs sur le plus petit d'entre eux, croyant reconnaître dans l'ombre une de ses vielles connaissances de la population naine … mais non, ce n'était pas lui, en fait, l'homme n'était même pas nain, juste trapu. Très trapu.
Le notable s'installa tranquillement devant eux, il avait cette expression que la richesse donne parfois aux hommes, celle de la toute puissance et de la suffisance. Quand il posa les yeux sur elle avec insistance, elle n'eut aucun mal à deviner ses pensées. Il ne lui adressait pas là la considération que l'on réserve habituellement à une personne avec qui on s'apprête à faire affaire, ni celle que tout capitaine qui se respecte mérite. Cela sembla l'amuser, n'étant pas très expressive, ses lèvres ne s'étirèrent qu'en un très discret rictus alors qu'elle haussait à nouveau le sourcil en penchant légèrement la tête. Elle entendit un léger grognement guttural provenir du côté de Minus, juste avant que l'homme n'engage la conversation. Ainsi, il ne fit aucun choix et préféra sagement attendre que le capitaine se désigne. Plutôt sage, même s'il avait écarté la véritable concernée. Elle sentit un mouvement agacé du côté du Mioche, alors elle leva doucement la main pour calmer sa petite troupe. Il y avait quelque chose dans le comportement de ses hommes qui ne laissait aucun doute sur le respect et la dévotion qu'ils pouvaient lui vouer. Une déférence qu'aucun homme n'accorderait à une gourgandine.

— Vous avez toute mon attention, je vous écoute, messire. S'adossant tranquillement à sa chaise en croisant les jambes, comme si elle se préparait à une longue conversation. Sa voix était douce, le timbre plutôt grave lui donnait une autorité naturelle. Avoir été élevée par l'intransigeante Seiredys Arafinwë pour régner sur Gan Eden jouait peut-être un peu, aussi.

Les yeux argentés de la capitaine sondaient ceux de son vis-à-vis sans ciller, regard franc et sûr, avec une certaine sérénité, comme si rien ne saurait l'atteindre réellement. Comme il recevait sa coupe de vin, elle porta elle-même son verre de rhum à ses lèvres, sans jamais détourner un instant le regard.    



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Eberhard Van Boeren

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Titre ::
Âge:
Race: Néant


Eberhard Van Boeren

Maistre
Sam 13 Mar 2021, 21:45
Sujet : Re: Le beurre...   
Eberhard tiqua lorsqu'il entendit la guenipe l'ouvrir, avant de se rendre compte qu'il avait peut-être commis une grosse bourde. Alors que ses yeux sombres se rivaient à nouveau sur la ribaude, il resta parfaitement silencieux. Il lui fallait un peu de temps pour correctement intégrer le fait que le capitaine Rinn était en fait la capitaine Rinn. Et bien qu'il n'était pas rare à Envel que des femmes taquinent le gouvernail, Eberhard dut attendre que son vin lui soit servi pour reprendre le cours de ses idées.

Il se saisit de son verre, qu'il porta à son nez... et reposa tout de suite. A l'odeur, il ne devait pas y avoir que du raisin dans son breuvage, dont les relents âcres portaient aussi des fragrances d'ammoniac. A bien y regarder, le capitaine Rinn connaissait mieux l'endroit que lui : la demoiselle avait pris de l'eau-de-vie. Heureusement, le vin n'était pas forcément là pour être consommé, plutôt pour faire joli, et pour entamer la conversation.


- Hum, bien bien... Je suis Eberhard Van Boeren, peut-être avez-vous déjà entendu parler de moi, du moins de ma famille ? J'arme des vaisseaux, principalement pour le commerce des épices, des textiles et des denrées exotiques.

S'il n'avait pas le portefeuille d'un Van Roesems ou l'influence d'un Weathertop, Eberhard n'était pas non plus un obscur bourgeois, du moins l'espérait-il. Son père avait fait stagner son illustre maison bien longtemps, avec ses tendances rapaces et rétrogrades. Et pourtant, dans certaines oreilles, son nom signifiait encore quelque chose.

- Je suis un homme de commerce, et en ce moment, vous devez vous douter que les choses ne sont plus aussi pérennes qu'avant.

Avec l'étiolement des patrouilles en mer, plus d'un Armateur avait grincé des dents. Sans la protection des convois par les Invaincus, c'était le retour à l'armement d'escortes personnelles, et donc à de plus lourdes dépenses, une idée intolérable pour un esprit aussi cupide que celui d'Eberhard !

- Aussi, ayant ouï les exploits de votre flottille contre les forbans de Ki, j'ai pensé que vous étiez la personne idéale pour m'aider à résoudre mon problème.

Instinctivement, Eberhard attrapa son godet de vin pour lever le coude. A peine avait-il trempé ses lèvres dans l'infect breuvage qu'il sentit sa volonté être mise à l'épreuve. Une infâme gorgée plus tard, il se maudit à nouveau de ne pas avoir pensé à prendre un peu d'eau-de-feu. Il se tourna vers le tavernier :

- En fait, je crois que je vais prendre la même chose que le capitaine.

Tandis que Jonas grommelait dans sa barbe que lorsqu'on était poli on disait s'il vous plaît, Eberhard tendit son verre au grand échalas à côté de lui, qui après une hésitation, s'envoya la rasade d'une traite. Une fois passée la surprise de voir un si mauvais cru tomber si facilement, Eberhard se concentra à nouveau sur l'énigmatique femelle.

- Votre réputation n'est pas usurpée, j'ose espérer ?

Question complexe à poser, mais nécessaire. Les amateurs aux légendes épiques étaient légion, et il en connaissait beaucoup qui pour un peu d'or ou d'attention étaient prêts à dégobiller les racontars les plus honteux à quiconque viendrait les gober.
Seirindë Shalia Arafinwë

Identité
Titre :: Capitaine Rinn
Âge: 323
Race: Elfe-Sylvain


Seirindë Shalia Arafinwë

Corsaire
Dim 14 Mar 2021, 14:01
Sujet : Re: Le beurre...   

L'argent du beurre

Capitaine Rinn & Eberhard






Quel incrédulité ! L'espace d'un instant, elle crut bien qu'il allait tout simplement lui rire au nez et exiger que l'on cesse ces facéties pour lui présenter le véritable capitaine. C'était déjà arrivé de la part d'hommes moins avisés, mais la personne qui lui faisait face sembla y réfléchir à deux fois avant de dire un mot de trop … sa réflexion sembla porter ses fruits, l'attitude de l'équipage étant parfaitement sérieux, presque grave, comme à chaque fois qu'on venait s'adresser à leur précieuse capitaine. Un éclat d'amusement apparut dans son regard, seulement visible par ceux qui la connaissaient bien, alors que leur invité inattendu reniflait avec dégoût le breuvage qu'il avait commandé. Pour sa part, la capitaine Shalia Rinn ne s'était jamais faite aux vins du Sud, qu'ils soient bon marché ou non. Les grands crus de Salem lui manquait, mais elle avait trouvé son compte dans les liqueurs exotiques, elle s'était habituée au rhum et affectionnait même certaines variétés insulaires. Cela ne valait pas l'hydromel de Gan Eden … mais ce genre de plaisir se devait de rester exclusif à de grandes célébrations.

L'homme se présenta avec une pointe d'orgueil, alors la capitaine du Joyau Ardent sembla réfléchir un moment, comme si elle devait faire un effort pour trouver des traces de cette famille dans sa mémoire. En fait, elle se demandait encore si elle devait se montrer courtoises ou acerbe. Elle connaissait bien ce nom … et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il ne partait pas vraiment avec un bon bagage.

— Van Boeren … vous êtes le frère d'Eginhard ?
— Son fils, Capt'aine. Corrigea l'imposant Minus.
— Oh …

Les générations s’enchaînaient si vite dans les communautés humaines, elle vivait parmi eux depuis plus d'un siècle, mais elle avait encore du mal à suivre le rythme effréné de leur déclin. Quand elle regardait le vieil homme qu'était devenu le Mioche, elle voyait encore cet enfant perdu sur les quais qui essayait de vendre son poisson avarié. Il faut dire que l'affection était partagé, aujourd'hui elle paraissait être sa fille, voir même sa petite fille, mais il lui parlait toujours comme à une mère. Il disait qu'elle préservait sa jeunesse.

- Je suis un homme de commerce, et en ce moment, vous devez vous douter que les choses ne sont plus aussi pérennes qu'avant.
— L'économie a cela de commun avec la mer qu'elle connaît elle aussi des marées, elle finit toujours par remonter et même à marée basse, elle offre d'autres opportunités.

Un sourire énigmatique étira finalement ses lèvres suite à la flagornerie du Van Boeren, mais peut-être que c'est sa tête après avoir goûté le vin, qui l'avait inspiré. Les notables de son genre ne venait vers son équipage que pour une seule raison, en général … récupérer des biens en toutes discrétions, cela leur permettrait de déclarer le vol pour recevoir leur compensation, tout en récupérant leur marchandise sans être incriminé. Gagnant-gagnant. Il était donc rare que Shalia reçoive des courtisans hauts placés, même si elle avait quelques contacts avec le prince d'Envel, en toute indulgence. La légalité était un concept si abstrait quand on vogue si longtemps en mer …

Avant d'en venir au fait, l'homme sembla cependant se soucier des compétences de l'équipage à qui il avait affaire. Le visage de la capitaine restait impénétrable et son regard n'avait toujours pas décroché un instant.

— Je n'oserais en aucun cas insulter votre intelligence en insinuant que vous puissiez vous laisser abuser part de fausses allégations, quelles qu'elles soient. Si vous êtes venu à nous, j'imagine que c'est parce que vos sources étaient suffisamment fiables.

Le rhum commandé arriva à son destinataire et Shalia détourna enfin quelques instants son attention d'Eberhard pour l'accorder à Jonas.

— Merci, Jonas.

Mais son regard perçant revint bien vite sur son potentiel nouveau partenaire commercial.

— Bien, Eber … je peux vous appeler Eber ? Avant de savoir ce que nous pouvons faire pour vous, j'aimerais savoir ce que vous pouvez faire pour nous. Nous ne faisons pas dans la charité, voyez-vous ?

En fait, si, mais avec avec des hommes comme lui.     



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Léonessa de Faye apprécie le geste.

Eberhard Van Boeren

Identité
Titre ::
Âge:
Race: Néant


Eberhard Van Boeren

Maistre
Mar 16 Mar 2021, 10:30
Sujet : Re: Le beurre...   
A la mention de son père, Eberhard réprima un vilain rictus, de ceux que l'on arbore après avoir avalé un demi-citron. Toujours dans la tombe, le vieux bougre trouvait encore le moyen de gâcher sa journée, comme s'il restait collé à sa peau telle une verrue tenace. Il revoyait encore sa tête amaigrie, blafarde comme une endive, juste avant que la colère ne lui monte en même temps que les derniers restes contenus dans ses maigres boyaux... L'image suffit alors à lui rappeler que même s'il hantait toujours ses journées, Eginhard n'était plus, et que c'était bel et bien lui qui tenait les rennes entre ses doigts graciles.

Au moins l'eau-de-vie lui fit passer l'aigreur dans son œsophage, la transformant vite en incendie volontaire. Il se racla la gorge, avant de passer à la suite de son plan. Croisant les bras et s'appuyant sur son dossier avec précaution, s'arrêtant au moindre grincement, il continua :


- Monsieur Van Boeren serait plus convenable...

Il allait rajouter qu'ils n'avaient pas gardé les cochons ensemble, mais cela lui sembla tout à coup un peu grossier. Il ne s'adressait pas à de la vulgaire roture macérant dans les faubourgs, après tout.

- Je tiens à ce que cela reste purement professionnel. Et en ce qui concerne le professionnel, voilà comment je vois les choses : je vous propose un travail, et une rémunération. Vous acceptez ledit travail, ou non, et nous scellons l'accord par une poignée de main ou un signe d'adieu.

Eberhard reprit un peu d'eau-de-vie, faisant la grimace après qu'elle eut bien déglacé ses amygdales.

- Depuis que les Invaincus ont décidé d'aller fourrer leur nez ailleurs, j'ai eu quelques déboires en mer. Deux de mes navires ont été poursuivis par des boutres venus de Ki. L'un d'eux a réussi à calmer les forbans avec quelques viretons bien placés, mais l'équipage de l'autre n'a pas eu la même hardiesse. Nous parlons ici d'un fret de quinze sacs d'épices d'outremer, une cargaison qu'il m'ennuierait beaucoup de laisser filer.

Eberhard évita de mentionner qu'à la simple vue des voiles noires, l'équipage entier du Goéland avait abandonné le navire en barque pour rejoindre au plus vite le littoral. Au lieu de cela, il alla fouiner à l'intérieur de son pourpoint noir, sortant une sorte de morceau de tissu plié qui, une fois déployé, montrant un dessin plus ou moins bien fait d'un squelette brandissant un cor d'une main, et une dague de l'autre. Van Boeren le lança sur la table, pour que le capitaine Rinn puisse bien le voir.

- D'après mes sources, il s'agit du pavillon que battait le vaisseau de ces brigands. La Surprise du Jour, sous le commandement d'Alduin le Long. Ce que je vous propose, c'est de traquer ce forban avant qu'il ne parvienne à écouler ma marchandise. S'il a réussi à rattraper le Goéland, c'est qu'il n'était pas chargé de butin... Les pirates apprécient les longues courses, et il doit encore sillonner les mers à la recherche d'une autre cible à l'heure où nous parlons.

Eberhard s'avança légèrement sur sa chaise, la sentant gémir sous la nouvelle répartition du poids. Ses yeux noirs n'avaient rien de spécial, mais l'accent de ses sourcils indiquait un sérieux à toute épreuve.

- Si vous me retrouvez ce forban, et la marchandise bien sûr, je vous payerai argent comptant. Je hais les dettes, vous pouvez en être assurée. Mais pour cela, faut-il encore que vous mettiez la main sur la Surprise du Jour. Je peux également vous payer une partie de la somme en sel, si vous le désirez.

Van Boeren avait déjà pensé à trouver un nom à cette pratique salaire. Mais il n'avait pas encore mis le doigt sur grand-chose...
Seirindë Shalia Arafinwë

Identité
Titre :: Capitaine Rinn
Âge: 323
Race: Elfe-Sylvain


Seirindë Shalia Arafinwë

Corsaire
Mer 17 Mar 2021, 22:50
Sujet : Re: Le beurre...   

L'argent du beurre

Capitaine Rinn & Eberhard






Monsieur Van Boeren, bien entendu ! Il ne fallait pas lui en vouloir, quand on a une vie aussi longue que la sienne, il fallait bien savoir s'amuser de temps en temps et titiller l'étiquette d'un notable en prétendant n'être qu'une humble navigatrice sans éducation faisait partie de ses petits plaisirs de la vie quotidienne, surtout que sa diction parfaite la trahissait ouvertement et consciemment.
L'homme, résolument habitué aux affaires, trahit légèrement ses intentions en ne réclamant aucun contrat sur papier ni signature. La capitaine du Joyau Ardent avait collaboré avec suffisamment de contrebandier pour savoir que cela résultait souvent d'un souhait de ne laisser aucune trace … et les négociants honnêtes, qui n'ont rien à cacher, n'avaient aucune raison d'effacer leurs traces.

— Vous savez ce que dit l'adage, monsieur Van Boeren … Les paroles s'envolent, les écrits restent. J'ai pour usage de ne point laisser la promesse d'une rémunération à la merci du premier zéphyr. Lorsque nous nous serons entendu sur notre tribut, je vous demanderais une promesse signé et des termes concis mais précis sur les modalités de notre collaboration. N'ayez crainte, tout brûlera dès lors que j'aurais récupéré mon due.

Elle l'écouta ensuite attentivement exposer son problème, un déboire qu'il avait de commun avec nombre de marchants, plus encore ces derniers temps. Il était donc crédible et elle mettait son besoin de discrétion sur le compte d'une petite arnaque au dédommagement de ses biens perdus.
Ne prenant pas la peine de tendre le bras vers l'emblème, c'est Jack le Mioche qui le récupéra pour l'examiner un instant avant de le remettre en main de sa capitaine qui l'observa à son tour, toujours avec ce léger sourire énigmatique.

— Alduin, hm … ce vieux bougre n'a plus rien de surprenant.
— Et p'us rien d'long non plus, à par son pif !

La boutade du Mioche déclencha une cacophonie de rires gras à la tablée de l'équipage du Joyau Ardent, la capitaine, quant à elle, se contenta d'un simple sourire indulgent. Elle commençait déjà à réfléchir à la logistique de cette traque, connaissant un peu les pratiques de La Surprise du Jour, elle voyait déjà où se rendre et qui secouer si elle ne le trouvait pas là où elle le pensait être en train de remplir ses cales. A côté d'elle, elle savait que Jack Minus étaient plutôt en train de faire les comptes dans sa tête, calculant tous les paramètres pour convenir d'un prix qui leur apporterait un bénéfice satisfaisant. Il avait cette façon de froncer les sourcils en regardant dans le vague … sa tronche patibulaire donnait l'impression qu'il s’apprêtait à étriper quelqu'un, mais c'était bien la manifestions d'intenses calcules mentaux.

— Le retrouver, j'en fais mon affaire. Quand au paiement, vous savez … nous sommes des gens simples, monsieur Van Boeren. Nous nous contenterons de pièces d'or.

Le Minus se pencha à son oreille pour murmurer quelque chose, elle acquiesça et reporta toute son attention sur son partenaire qu'elle avait décidé de continuer d'appeler Eber dans sa tête.

— Si les vents soufflent en notre faveur, je pourrais vous donner satisfaction d'ici quatre à six jours. Quatre à six jours que nous allons vous consacrer en mettant nos vies en jeux.

Quand elle annonça son prix, il s'agissait bien sûre qu'une valeur au-dessus de celle escompter, la base de la négociation.     



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Léonessa de Faye apprécie le geste.

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