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 La mort au rat

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Eberhard Van Boeren

Identité
Titre ::
Âge:
Race: Néant


Eberhard Van Boeren

Maistre
Mer 03 Mar 2021, 18:05
Sujet : La mort au rat   
Qu'est-ce que cette pièce pouvait blairer, nom du Nom.

Voilà des semaines que les volets fermés de la demeure tenaient captives les odeurs rances s'échappant du corps malade du sieur Eginhard et des tempes de ses veilleurs. La pièce dans laquelle macérait le patriarche Van Boeren n'était brièvement aérée que par le ballet constant des frotte-manches, des comptables, des notaires et des membres de la famille venus rendre hommage au vénérable rapace niché dans son grand lit. Il y avait dans cette chambre des remugles à se faire couper le nez : le vieil Eginhard, touché par un mal retors, rendait tripes et boyaux à des heures régulières, conchiait ses literies comme pour punir ses valets. Les vautours ne restaient guère longtemps, une fois leurs salutations expédiées. Ils retroussaient vite le museau, levaient leurs manches et s'éclipsaient avant qu'ils n'aient le malheur d'imiter leur hôte.

Dans toute cette clique qui sentait bon l'exécution testamentaire, il y avait un homme qui faisait face à ces relents dégoûtants depuis quelques journées déjà. Eberhard Van Boeren était bien à sa place, à la droite de son père, qu'il observait d'un œil empli de dégoût. Il ne s'était pas attendu à ce que la profonde agonie paternelle puisse autant lui retourner l'estomac. L'homme de naguère n'était plus qu'une carcasse dont la graisse et les muscles avaient fondu, un cadavre en sursis à la peau de papyrus, que seule l'abondante sueur couvrant son corps permettait d'émettre encore un doute quant à l'état du bougre. Il avait évacué le tiers de sa masse corporelle dans ses selles et ses glaires, et à le voir si chétif, Eberhard avait lui aussi laissé son fragile estomac apporter sa contribution au petit seau reposant à côté du plumard.

Les notaires étaient passés en coup de vent, mais déjà les rais de lumière sous les volets laissaient place à l'ombre de la nuit, et les ténèbres envahissaient plus sûrement la pièce déjà sombre. Congédiant Guilhem Guirotin, un vieux notaire pesant lourd sur terre, Eberhard demanda à se trouver seul avec son père, qui ne devait pas passer la nuit selon Pieter Van Herst, médecin de la famille. Allumant une bougie parfumée, qui ne serait pas de trop pour combattre les effluves atroces émanant du lit et du seau, Eberhard contempla en silence le vieillard amoindri qui suait abondamment sous les couvertures. En fait, il aurait pu rester parfaitement maître de lui-même s'il n'avait senti sur lui les yeux fiévreux d'Eginhard. Là, il ne pouvait plus reculer, il devait à nouveau l'affronter.

Eginhard avait été le pire des pères, et ce que son regard renvoyait à Eberhard le transperçait comme à l'habitude. Dans ces mirettes brillant de fièvre, il n'y avait pourtant aucun reflet de délire : seulement la même déception qu'elles avaient toujours porté, un regard dur à soutenir, mais qu'il s'était efforcé de tenir à chaque fois qu'il lui fut asséné. Puis, ce soir, Eberhard n'en était plus à ça près. Ce soir, les souffrances du vieil homme portaient à leur fin, aussi bien que celles de son échec de fils. Aussi, il s'autorisa à renvoyer un mince sourire au pater familias, qui s'en trouva dérouté. De sa voix plus sèche que le désert, il coassa :

- Qu'y a-t-il de drôle ?

Eberhard secoua la tête, avant de rétorquer :

- Rien. En fait, tout. Vous m'avez collé la frousse pendant des années, vous m'avez dirigé à la baguette comme un petit pantin à six sous... Et regardez-vous maintenant. Tout seul dans votre grand lit, à puer comme un clochard et à pas savoir manger tout seul. Si ça n'était pas vous là, prostré comme un gueux, vous en ririez aussi.

Eginhard roula de mauvais yeux, et se perdit en d'affreux grognements étranglés qu'Eberhard reconnut finalement comme des jurons écorchés par la trachée asséchée du mourant. Ce dernier voulut rétorquer, non sans lâcher quelques ruines bien senties qui finirent de lui clouer le bec dans un affreux rictus constipé. Eberhard se boucha le nez, manquant lâcher un haut-le-cœur. Le silence s'installa, le temps que l'odeur disparaisse et que l'héritier Van Boeren reprenne contenance.

- Je dois vous avouer que si c'était à refaire, dit-il, je ne prendrais pas cette horreur...

Au regard perplexe d'Eginhard, son fils se saisit du petit flacon médical qui trônait sur la table de nuit. C'était un récipient en terre cuite, sur lequel il était gravé la lettre A.

- Je sais, j'ai menti père. Ce n'est pas le A de l'agrifis étoilé. On ne guérit pas les nauséeux avec de l'anthémis, mais on peut faire des heureux avec.

Le visage tiré d'Eginhard se décomposa devant le sourire sadique d'Eberhard. Enfin, le fiston tenait sa engeance ! Enfin, le fils prodigue détrônait le père ingrat ! Sur son petit tabouret de veille, Eberhard exultait. Il trépignait sur le bois de sa chaise, faisant grincer les trois pieds soutenant son postérieur. Puis soudain, l'horreur. Rendu furieux par la révélation, le visage d'Eginhard passa de la stupeur à la colère froide. Se relevant tant bien que mal de son océan de coussins et de couvertures, le mourant s'apprêtait à lancer une bordée de jurons à son fils. A peine eut-il le temps d'ouvrir la bouche pour vomir des insanités, que son corps malade le rappela à l'ordre : ce ne furent ni des injures ni des malédictions qu'éructa le vieillard, mais un mélange grossier de bile et de sang.

Eberhard en reçut partout : en pleine poire, sur son pourpoint bleuté, jusque dans ses bottes en cuir et dans son aumônière. L'héritier bascula en arrière dans une cacophonie d'insultes bien senties, heurtant le plancher du dos. Il fallut peu de temps aux petits valets pour venir s'enquérir de la situation, et découvrir avec horreur le corps convulsé d'Eginhard s'agiter dans son lit, et la silhouette d'Eberhard gigoter au sol pour s'extraire des visqueuses humeurs de son cher père.

Le fils Van Boeren finit par se remettre debout, les bras écartés comme s'il les avait passés autour d'un ours imaginaire. Il réprimait une violente envie d'ajouter à la mise initiale, quand soudain, l'un des valets poussa un petit cri de surprise. Cherchant un moyen de s'empêcher de dégobiller, Eberhard se concentra sur le bruit, et demanda fébrilement :


- Qu'est-ce qu'il y a ?!

- Le Maistre ! Le Maistre ! Monsieur... Je crois qu'il est mort.

Eberhard en oublia bien vite ses remontées gastriques. Il tourna vivement sa tête poisseuse vers le pater effondré dans son lit. Le vieillard était couché d'étrange manière, les yeux au ciel et la langue ridiculement raide en dehors de sa bouche. Eut-il été saltimbanque qu'il aurait fait salle comble à Faye, mais ici, il ne jouait pas la comédie. Le rat venait de crever. Son fils eut beaucoup de mal à contenir sa joie, et les valets prirent vite ses tressaillements pour des hauts-le-coeur devant l'horrible sauce recouvrant son corps. Mais à l'intérieur, Eberhard sentait un poids mort se détacher. Avec le trépas d'Eginhard, non seulement s'était-il débarrassé de l'homme qui lui avait pourri sa vie, Eberhard était maintenant aux commandes du navire. Le destin des armateurs Van Boeren était sien, un sentiment si grisant qu'il en éclipsait presque les relents des sucs gastriques.

Presque.

Après deux respirations, Eberhard fut vite ramené à la réalité. Toujours coincé dans sa position grotesque, il lâcha dans un grognement de dégoût :


- Faites monter l'eau pour le bain. Ah, et rattrapez-moi tout de suite Maistre Guirotin, dites-lui que mon bien-aimé père nous a quitté...

Ce qui intéressait Eberhard, c'était surtout combien le vieux Guirotin pouvait bien prendre pour rajouter une close très spéciale sur le testament de feu Eginhard. Il y avait une chose qu'il devait encore régler, et comme le rat crevé n'avait pas pris soin de régler cette affaire de son vivant, c'était à quelques mètres de son cadavre encore chaud que se jouerait l'affaire.

Mais d'abord, un bain. Oui, un bon bain et quelques huiles parfumées. Eberhard se promit de ne jamais plus utiliser le poison pour des affaires de ce genre : le travail était trop lent, et la fin trop salissante.

Uiseann d'Envel et Léonessa de Faye apprécient le geste.

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